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Le restaurant "Au 14 février"

Saint-Valentin compte un seul restaurant... mais quel adresse !

Dénicheur de ces nouvelles tables qui, à elles seules, peuvent justifier au gourmet de faire des kilomètres, le magazine "Trésors du goût" a dépêché l'un de ses critiques pour tester cet établissement, atypique autant qu'attrayant.



« Au 14 Février », à Saint-Valentin (Indre) :
LA TABLE DES AMOUREUX SEDUIT LES AMOUREUX DE LA TABLE


Arriver un soir d’hiver à Saint-Valentin, sur les routes étroites, bordées de terres à perte de vue et d’étranges géants en acier qui scintillent de mille feux rougeoyants (*), écrasé par la beauté d’une voûte céleste dont nos yeux urbains n’ont plus l’habitude… C’est un moment inoubliable. Sans doute faut-il être à la recherche d’un trésor pour s’aventurer là, en plein cœur de ce Berry envoûtant. D’un trésor ou d’une adresse d’exception, comme ce restaurant baptisé « Au 14 février » vers lequel nous roulons… Exceptionnel en ces lieux, exceptionnel par les hommes qui l’animent, exceptionnel par son histoire…


Au bout de la route, une centaine de mètres après avoir passé le panneau d’entrée de Saint-Valentin, nos phares éclairent les murs peints d’une maison. Sur fond bleu azur, des colombes, des cœurs et un message : « Bienvenue à Saint-Valentin, le village des amoureux ».  Quelques voitures stationnées sur un petit parking, en ce jeudi soir hivernal, désignent que le lieu n’est pas désert. C’est une première satisfaction : le bout du monde n’est pas atteint.

Jusque là, rien ne distingue l’établissement de mille et une auberges rurales, tenues avec passion et goût aux quatre coins de France. Mais une fois la porte poussée, tout change. Et pas seulement la température… Dès l’accueil, le mobilier moderne et de bon goût annonce que l’on est pas ici dans une auberge mais dans un restaurant de style.

En entrant dans le bar, l’impression se confirme : l’éclairage chaleureux, le bar et les mobiliers noirs aux formes larges et aux coussins confortables, la convivialité feutrée - mais pas guindée – des mots d’accueil de Nicolas Jalllifier, le responsable de salle, et la discrétion respectueuse, toute asiatique, de Masahiro Morita, sommelier et barman, donnent le ton d’une maison de grande tenue.

C’est là que nous échangeons quelques mots avec mes hôtes du soir : le propriétaire japonais du restaurant, Masami Kimura, le maire de Saint-Valentin, Pierre Rousseau, et le chef de cuisine, Masafumi Hamano (portraits ci-contre). Le temps d’une narration de l’histoire récente des lieux : celle de la transformation, il y a trois ans, d’une vieille auberge de style « routiers » en un lieu de gastronomie les plus côtés du département de l’Indre.

Puis nous passons en salle, non sans avoir dégusté un cocktail maison, à base de vin blanc pétillant et de Yuzu, un agrume (genre  de pamplemousse avec la peau d’un citron) que l’on ne trouve qu’au Japon… et à Saint-Valentin, depuis que le Chef s’est mis en tête d’en faire pousser ici.

Nicolas Jallifier nous conduit à notre table. La salle est de bonne taille, mais il n’y a que 35 places. Les tables sont larges et séparées par un espace respectueux de l’intimité de chacun. Ce qui attache le regard, outre les dessins originaux de Raymond Peynet qui ornent les murs, c’est le raffinement sobre né de l’alliance des cultures française et japonaise (européenne et asiatique, pour être plus précis). Une alliance qui se décline ici à tous les niveaux. Pour exemples : 


- Côté décoration, les tables laquées proposent un plateau central tournant. les fourchettes et couteaux japonais jouxtent un très beau Laguiole.
-         Côté personnel, quatre japonais (trois cuisiniers et le sommelier) font équipe avec trois français, qui assurent accueil et service.

-         Côté cuisine, c’est tout l’art de Masafumi Hamamo qui s’exprime en une cuisine française de tradition (foie gras, truffes, lentilles du Berry, bœuf du Limousin,…) agrémentée d’épices légères, de fines sauces exotiques, d’agrumes venus directement du Japon, et présentée avec un raffinement tout oriental… de façon très contemporaine avec une variété de préparations en bouchées (mais honnêtement nourrissantes).

Une  crème de navets à la truffe… Une coquille Saint-Jacques lardée de bacon et sole, accompagnée de chou rouge et de poireau, nappée d’une sauce au thé vert avec un flan au basilic et à la tomate… Un Blanc manger au lait de soja nappé d'une crème anglaise au tapioca, dans laquelle flottent les lentilles de Mme Gonin (productrice locale) pour en accentuer les saveurs… le palais est régulièrement et agréablement surpris par des palettes mélangées de couleurs et de saveurs. Surpris, mais jamais agressé.. Surpris, mais difficilement lassé… Surpris, mais sûrement pas dépaysé...

« Au 14 février » propose ainsi trois menus pour le dîner  (de 32 à 62 €) et trois autres pour le déjeûner (de 18 à 42 €). De quoi varier les plaisirs et ne jamais manger la même chose, d’autant que ces menus sont changés deux fois par saison, en respect du concept initial dénommé par Masami Kimura : « La joie des 8 saisons ». Un concept scrupuleusement mis en œuvre par Masafumi Hamano et ses deux cuisiniers, qui mettent un véritable point d’honneur à proposer à leur clientèle les « légumes qui colorent » un début de saison puis ceux qui marquent la fin de cette même saison.

Côté vins, la carte est complète et suffisamment variée pour satisfaire tous les palais et toutes les bourses. Pour les visiteurs en quête de symbôles : une « Cuvée des Amoureux » produite à Saint-Amour-Bellevue, en Beaujolais…

Il n’y a donc rien d’étonnant, à ce que la clientèle régionale soit devenue fidèle à la table de Saint-Valentin. Et il n’y a pas de raison de se priver des 10 kilomètres qui séparent le village d’Issoudun, ou des 25 kilomètres depuis Châteauroux… Avec un petit séjour touristique en Berry à la clé, les 260 kilomètres depuis Paris n’apparaissent même pas comme un effort démesuré, tant la table et son environnement valent le détour.

Didier Maingreaud






(*) Il s’agit des gigantesques antennes tournantes de TDF, desquelles partent les signaux de RFI vers tous les pays de la planète. Chacune d’entre elle porte le nom d’un grand fleuve, ce qui donne à la signalisation routière locale une petite note de surréalisme. Décidément, Saint-Valentin est marqué du sceau de l’internationalisme…

(**) Pour avoir un avant-goût : www.au14fevrier.com

 
Dernière modification : 20/01/2010